Compte-rendu 3ème table ronde du vendredi 9 octobre

« La ville qui marche » : une espèce à découvrir, le piéton urbain


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Quand un architecte évoque avec un conteur et un médecin l’art de marcher en ville sans se casser les pieds... La 3ème table ronde du congrès abordait vendredi après-midi un thème au cœur des parcours urbains : le piéton. Une approche insolite qui n’empêche pas la profondeur de la réflexion.

L’architecte-urbaniste c’est Joan Casanelles, professeur à l’ENSAL où il est responsable du département « ville, territoire, paysage » , le conteur de rues s’appelle Jean-Luc Chavent, journaliste-écrivain lyonnais et marcheur impénitent, et le médecin, Hugues Rousset est professeur émérite de médecine.

Toujours cornaqués par Didier Adès, ils ont confronté leurs approches respectives du piéton urbain. Le premier s’efforce de persuader les futurs architectes que la ville « rentre d’abord par les pieds » . Et pour cela, il les emmène découvrir Rome à pied et en tous sens, à raison de 10 km par jour.

Le deuxième a fait de sa ville de Lyon un terrain d’aventures à explorer, en surface et sous terre. Il guide même des visites de parkings, ou du centre commercial de la Part-Dieu ! Et on se bouscule pour l’accompagner pédibus entre Rhône et Saône l’écouter raconter la cité avec ses histoires, ses légendes, ses rencontres…Quant au médecin, bien sûr , il voit avant tout les bienfaits pour la santé de l’homme dans le déplacement pédestre : on savait la marche favorable à la réflexion et aux activités cognitives, ainsi que l’ont démontré quelques grands péripatéticiens comme Montaigne ou Charles Exbrayat. Mais aujourd’hui la science a aussi démontré qu’une demi-heure de marche quotidienne soutenue divise par deux ou trois les risques de maladies coronariennes, de diabète, de surpoids, et même l’incidence de certains cancers.

Mieux réfléchir à la « ville lente »

Mais pour que la marche soit plaisante, encore faut-il en ville des endroits pour marcher sans contrainte, seul ou en groupe, vite ou en flânant. Et sur la place publique on a besoin d’un certain nombre d’ éléments , y compris du beau, pour que la marche soit agréable. Car si « la ville est là depuis longtemps et qu’elle fut piétonne depuis le début », urbanistes et architectes ont sans doute un peu oublié cette vocation au cours des dernières décennies. On n’a sans doute pas assez réfléchi aux usagers de la ville qui bougent peu ou pas, à la « ville lente », celle qui se fait justement en marchant, par les gens autour de chez eux.

Et encore faut-il bien distinguer les attentes et besoins du marcheur par plaisir de celles du piéton qui marche parce qu’il n’a pas le choix. Marcher, c’est aussi rencontrer les gens, et parler « en vrai » , autrement qu’à la télé ou sur internet. En ce sens Saint-Etienne comme Lyon ont de la chance : ce sont des villes anciennes qui ont été prévues pour le piéton, où les parcours ne sont pas toujours rectilignes et où il existe encore des lieux favorables à la rencontre ambulatoire. Mais globalement , pour le sort réservé aux piétons, la France accuse plutôt un grand retard sur ses voisins européens, en particulier l’Allemagne, qui a réussit bien mieux que nous la cohabitation urbaine entre piétons, vélos, voitures et transports en commun.

Attractivité et distance tolérable

Faut-il pour autant pousser la logique jusqu’aux villes sans voiture ? Oui dit sans hésiter l’architecte. Certaines villes fonctionnent déjà comme ça, « et l’attractivité de la ville est bien là, dans cette piétonnisation qui fait la proximité (…) La ville c’est politique, et ça se décrète. Pour limiter la voiture et les centres commerciaux en périphérie, il faut arrêter l’étalement urbain et densifier la ville… » La norme urbaine en Allemagne est déjà à moins d’une voiture par logement, alors qu’elle est encore entre 1,5 et 2 en France. Reste que tout est question de distance : il existe bel et bien une « distance tolérable » maximale à parcourir à pied pour que le piéton soit heureux et prospère en ville. Et il faut aussi que les réseaux de transports en commun accompagnent sa marche en avant, en particulier pour les amplitudes horaires.

Enfin le piéton n’est jamais totalement « pur » : le même individu peut être dans le même espace urbain , marcheur, cycliste, automobiliste ou usager du tramway. Avec des aspirations différentes , voire parfaitement contradictoires. « Nous sommes des animaux sociaux, et nous avons toujours tendance à nous identifier à un groupe, piéton ou cycliste, alors qu’on peut être les deux successivement… » commente prudemment le médecin. Homo piétonicus n’a pas fini de révéler tous ses mystères…

 
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