« Mobilité et déplacement dans le développement des aires métropolitaines européennes »
La première table ronde du congrès a fait émerger quelques idées fortes :
la construction doit désormais être pensée en intégrant la mobilité, et il va falloir injecter de l’intelligence dans l’existant pour améliorer ses fonctionnalités, plutôt que de multiplier à l’infini les nouvelles infrastructures.

Cette fois, ça y est, le congrès est entré ce vendredi matin dans le vif du sujet. On aura néanmoins sacrifié auparavant à la tradition avec les discours de bienvenue des différentes autorités accueillante : le président
Bernard Le Tulle du Cobaty Loire-Forez d’abord, qui, avec passion, a dressé le portrait vibrant d’une agglomération stéphanoise « géniale mais modeste », et présenté aux congressistes, les gens d’ici , leurs entreprises – dont une belle brochette de N°1 mondiaux ou nationaux – leurs savoir-faire, leurs innovations, leur ténacité, et les atouts d’une ville « qui a toujours su rebondir dans l’adversité, comme les ballons de foot dans notre stade… »
Le vice-président de la région Rhône-Alpes et député stéphanois
Jean-Louis Gagnaire ensuite, représentant Jean-Jack Queyranne, qui a plaidé pour l’innovation dans les modes de transport, les énergies renouvelables et la reconcentration urbaine. Puis
Georges Ziegler, vice-président du Conseil général de la Loire en charge de l’économie , représentant le président Bernard Bonne, pour qui « le développement durable ne doit en aucun cas être un retour en arrière ».
André Friedenberg, adjoint au maire de Saint-Étienne et président de l’agglomération Maurice Vincent, qui a insisté sur le partenariat indispensable avec les professionnels de l’architecture, de l’urbanisme et de la construction pour réussir le renouveau urbain de Saint-Étienne. Enfin
André Mounier, président de la CCI qui a centré son propos sur l’indispensable rapprochement, « assumé sans complexe » entre Saint-ñtienne et Lyon , et son corollaire pour lui, la nouvelle autoroute A45 entre les deux villes, qu’il appelle de tous ses vœux .
Intelligence du maillage et gouvernance maitrisée des gagnants-perdants

Son propos vigoureux a servi de parfaite transition avec la première table ronde du congrès , pilotée par Didier Adès sur le thème « Mobilité et déplacements dans le développement des aires métropolitaines européennes ». Ses invités , M. Cabourdin de la direction de la SNCF, Jean-Charles Castel architecte-urbaniste au CERTU, Olivier Frérot, directeur de l’agence d’urbanisme de Lyon (et ancien DDE de la Loire) , Jean-Pierre Gautry, président de la Société Française des Urbanistes, et Jean-Louis Robinet, responsable de la commission infrastructures de la CCI et Cobatyste, ont dégagé un certain nombre de grandes idées : dans un monde ou 80 % de la population est désormais citadine, et où l’espace devient rare, les villes ne sont pas extensibles à l’infini.
Et on ne peut plus aujourd’hui penser l’acte de bâtir sans réfléchir aussi à la mobilité. Celle-ci doit être régulée pour éviter qu’elle ne favorise seulement le regroupement des riches avec les riches et que les pauvres restent au final entre eux. Car la mobilité accrue produit inévitablement des gagnants et des perdants, et il faut l’accompagner d’une gouvernance politique forte pour bien en répartir les effets. L’État qui assurait autrefois cet arbitrage ne peut, et ne veut, aujourd’hui plus le faire. Aux élus des grandes métropoles à naître donc de se mettre ensemble autour de la table.
Une des solutions envisagée est de « chercher l’intelligence du maillage » et de mieux partager les modes de transport. L’autoroute ? un concept dépassé aujourd’hui à remplacer par « l’ éco-route », sur laquelle on module la vitesse, on définit des priorités d’usage, on partage les véhicules (co-voiturage, ou véhicules semi privés-semi-publics qui restent à inventer). Ce qui suppose aussi de mieux faire travailler ensemble non seulement les élus, mais les ingénieurs des infrastructures et ceux qui conçoivent les véhicules.
Améliorer les fonctionnalités de la « charpente existante »
Le ferroviaire doit aussi jouer sa partition dans un monde où la mobilité tend à diminuer au sein des agglomérations (un déplacement de moins par semaine en moyenne ont révélé les enquêtes) mais où elle s’allonge fortement pour les distances extra-urbaines. Une gare ne peut plus être que le centre d’un immense parking en rase campagne : on doit l’intégrer à la ville et mieux la coordonner, dès sa conception, avec tous les autres modes de transports.
Enfin chacun doit garder à l’esprit qu’à l’avenir on construira peu d’infrastructures, qu’elles soient ferroviaires ou routières : trop complexe, trop cher, et puis le pays est déjà plutôt bien équipé. Même si pour l’A45, il a aussi été rappelé qu’elle n’aura pas qu’un usage inter-urbain local, mais est aussi un maillon indispensable de l’axe Lyon-Toulouse via Saint-Etienne et Le Puy.
A l’issue de la table ronde un consensus a paru se dégager : il faut de toute façon travailler sur la « charpente existante » des infrastructures de mobilité, améliorer leurs fonctionnalités par l’innovation, et organiser le territoire, la ville et l’urbanisme autour. Sans négliger les aspects plus immatériels de la mobilité que sont les politiques tarifaires ou la facilité billettique. Un domaine où Rhône-Alpes a montré le chemin avec sa carte de transport Our’A multiréseau-multimodale.
Enfin la prochaine et imminente réforme des collectivités locales peut être une occasion unique d’améliorer la coordination et la gouvernance politique entre territoires voisins pour une meilleure mobilité. Car l’approche de la mobilité c’est aussi cela au XXI ° siècle :
ne plus imaginer que sa propre mobilité, mais aussi celle de ses voisins.
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